Sainte-Extrême
“Ah, les jolis voyages...”, c’est la thématique de la revue Gulliver N°12.
Parution en automne 1993, la dernière dans à laquelle Prudon va collaborer.
Des voyages, il en est question et les invités sont nombreux : José-Louis Bocquet, Christophe Graizon, Jean-Bernard Pouy, Jonathan Raban, Patrick Raynal, Erie Sarner, Hunter S. Thompson, Jacques Vallet et Prudon...
22 voyages et aussi des chroniques (dont une sur le polar, avec le retour d’Onc Dugland pour l’occasion. avec un entretien avec Philippe Garnier et Deux nouvelles de Didier Daeninckx et de Jean-Claude Izzo - C’est dire)
Mais avec ce nouveau texte de Prudon : Sainte Extrême ; le voyage s’avère très local - Direction Boulogne.
Le narrateur c’est Prudon, il ne le cache pas.
Il parle de lui de ces dernières années, l’alcoolisme, l’époque, il s’enfonce.
“je voyage d’un « état d’âme » à un autre, sans longer les frontières.Je m’enfonce comme une vrille.”Aborde la fin des années 80 - il “fait le mort”, s’absente... Les lendemain compliqués de Plume de Nègre, il a cette étrange phrase...
“ On aurait pu enculer ma viande ou lui gerber dessus, mais je ne pouvais voir un enfant sans éclater en sanglots. Je n’étais plus qu’une hémorragie permanente.”
Un enfant mort.. Un enfant mort qui revient souvent (le mort né des Yeux doux, de Langue Chienne, la grosses dans Plume de nègre, Tarzan malade.... Chaque fois, la mort d’un nourrisson revient)
Bref. J’ignore encore de quoi il parle.
Il aborde 1989 - Sainte Extase - Ce petit livre qui illumine alors le moment : “Parce que quelque chose dans le visage de ma fiancée me rappelait la Thérèse du Bernin”...
Cette nouvelle Sainte Extreme sonne comme un épilogue à Sainte extase.
Un récit qui aborde les déboires (sans jeu de mot) ceux du présent, la mastectomie de sa mère (chez qui il vit) la galère permanente, se trouver un logement, fuir les huissiers (encore, toujours)... Rêver à des voyages lointains, tout en trimant du côté d’Orléans, de Jouè les Tours.
Les voyages ne sont pas pour maintenant. Les voyages sont peut-être différents. Et celui qu’il vit c’est de se retrouver ce jour-là dans ce parc... avec
“Mon bébé, dans le landau, et tous les bébés des landaus, ils entendaient les cuivres et les canards joyeux. Ils voulaient peut-être être canard ou cuivre, mais pas moisir sur une pierre moussue. Ils voudraient s’envoler ou plonger, mais pas traîner leur vie. J’ai écrit à la hâte un petit poème très léger, puis je suis parti. “Viens Léopold, je vais te faire le clown.”
Léopold Prudon est né en février 1993. Ainsi débute un nouveau voyage.

