Paparazzi
Quand Bruno Mouron et Pascal Rostain, publient Paparazzi en 1988, ils livrent un ouvrage à la fois témoin et acteur d’une époque fascinée par l’image.
À cette époque, tout change. La télévision devient omniprésente (la cinq apparaît en 1986 porté par Berlusconi –les années frics, Tapie...), la culture de la célébrité explose, les magazines se livrent une guerre d’images.
Bruno Mouron et Pascal Rostain, bossent pour Paris Match, ils sont au cœur du réacteur. Ils sont Paparazzis. Leur tandem se forge sur le terrain : nuits d’attente, filatures, planques. Leurs clichés font souvent la une, immortalisant Johnny Hallyday en famille, Isabelle Adjani en fuite, ou François Mitterrand, Orson Wells....
Ils figent l'époque.
Ils figent une méthode aussi. Celle des coups, des pièges, des petits magouilles.... Leur style mêle instinct et stratégie, intuition journalistique et goût du scandale.
La France médiatique est alors en pleine mutation. Paris Match, fondé en 1949, reste un géant du reportage visuel. Mais apparait Voici, en 1987, l'époque est bling bling (comme dirait l'autre). L'époque impose une nouvelle écriture : photos choc, légendes acides, montage rapide. Il transforme la vie privée des stars en feuilleton hebdomadaire.
La presse people explose, avec ses réseaux, ses codes, ses figures. Dans Paparazzi, Mouron et Rostain livrent les coulisses de cette industrie de l’image. Ils décrivent les filatures, les coups de bluff, mais aussi les relations ambiguës avec les stars, parfois complices, parfois furieuses.
Les frontières entre sphère publique et privée deviennent floues, où l’image volée devient une monnaie d’échange, voire un outil de communication détourné.
Un récit immersif. Des chapitres courts, facile à lire.
Un récit avec un collaborateur camélon. Lui : Prudon.
Là encore, Prudon se met au service du projet. Pas de jeu de mots, pas de poésie, juste l'action. Prudon s'efface, incarne un "je" dynamique, aventurier, polar par moment. On est dans le vif.
Paparazzi est publié chez Michel Lafon en 1988.
Juste quelques mois après la sortie de Plume de Nègre.
Là pas de Ghostwriting. Prudon est à "mot découvert". On l'annonce. Il n'est pas sur la couverture. mais son nom est gravé en première page- il « collabore ». (Comme si Plume de Nègre avait fait son petit effet.... Cela sonne comme une revanche. On ne cache plus le nègre).
Le caméléon est à l’œuvre. Il est son sujet.
Prudon écrit pour manger. Il vit de sa plume. Comme il peut.
Ce rapport à l'écriture "mercenaire" Prudon en parlait dans Plume de Nègre.
"J'étais l'écrivain qui écrit pour les autres. J'ai dit qu'on écrivait toujours pour les autres. On vit plus vite qu'on écrit. Quand un livre sort on est déjà un autre..."
"Je" est un autre.
On y revient souvent.
Des livres en "mercenaire", il y a en aura d'autres....

