Noé
1996 - 13 AUTEURS ET UN BATEAU, Recueil collectifs de nouvelles, avec pour matelots Dessaint, Fonteneau, Izzo, Lecas, Pouy, Quadruppani, Reboux... entre autres
Et pour capitaines, un duo : Sylvette Magne Jean-Jacques Reboux, Yves Magne à la maquette - L’édito pose le contexte :
“A Saint-Nazaire, il y a le port, qui est là toute l’année, avec des bateaux qui jettent l’ancre et qui lèvent les voiles. Et uп festival du polar, qui ne dure qu’une semaine, avec des auteurs qui jettent l’encre et qui, à l’occasion, lèvent leurs verres.”
Ce recueil “Au bout du quai”, est édité à l’occasion de cette 9eme édition de “cité polar”
Avec en fin d’édito, une allusion qui appelle à de nouveaux horizons
“Et les éditions Canaille, qui passaient par là-juste avant de se saborder et d’aller se réfugier dans le ventre chaud de la baleine, à la fin de l’été, en ont fait ce petit livre, à lire sur la plage ou sur le port, au bout du quai... Bon vent!”
1996, L’époque doit rimer avec les salons du polar. Il en fleurit un peu partout.
Ce recueil marque donc une époque et cela on peut le ressentir dans la nouvelle de Prudon : Noé
Marin d’eaux troubles, mari d’une putain, le narrateur, une sorte de proxénète, se fait larguer par sa gagneuse qui ne supporte plus...
“Et dire que j’ai passé deux ans de ma vie avec un con comme toi, un minable, un mauvais mac...”
Noé, on suppose, le narrateur, se retrouve seul sans Lili, à chercher un but dans sa vie, dans sa ville, cité portuaire. Huit pages sur cette idée d’un couple qui chavire, les relents éthyliques d’un époux qui tente de la retrouver tout en s’oubliant lui même.
Une sorte de marin paumé à terre qui chavire seul dans son rafiot intérieur :
“On aurait pu causer de tout ça sans qu’elle fasse ses valises en cachette et me claque la porte au nez. Je lui aurais dit tu as besoin d’un homme dans ton lit et j’ai besoin d’une bière dans le gosier, chacun sa merde, topons là, tu veux que je te drive, c’est bien. mais j’ai besoin de rêver aussi, moi.”
Vivre avec le narrateur n’est pas une partie de plaisirs.
Rêveur, alcoolo... Prudon n’est jamais loin de ses personnages, voir même d’une forme de désillusion qu’il donnera au personnage du Poulpe (sorti à la même époque, chez Baleine justement...)
“J’avais inventé ce personnage, Johnny Romance, un détective ténébreux, mais très lucide, qui allait de ville en ville et de port en port pour nettoyer les mairies et les trottoirs de toute cette hypocrisie, mais plus il nettoyait et plus il était sale, forcément, comme les éboueurs et les égoutiers....”
96, c’est l’année où les éditions Canaille rejoignent Baleine, de ce groupes d’auteurs qui figurent dans ce recueil, on retrouve là beaucoup de clins d’œil au céphalopode.
La fin du texte reste ouverte ou amère selon comment on l’interprète, comme avec son Poulpe justement - où le suicide (l’oubli) n’est jamais très loin :
“Je sais pas si on s’aime mais on est dans le même bateau, on est de la même espèce. Elle riait comme une baleine. Moi aussi forcément, je nageais dans le bonheur.”
Nouvelle sur la désillusion, la séparation, le sexe qui se vend, le vieux maquereaux à la mer, Moby Dick.. Et Prudon qui doute toujours...
“J’ai dû arrêter d’inventer des livres parce que le doute m’avait envahi.”
10 ans plus tard, JJ Reboux (éditeur pour sa maison “Après la lune”) proposera à Prudon d’écrire un texte sur l’enfance... il en sortira : la sainte Journée.

