Nobody knows
1996 - les treize morts d’Albert Ayler. Recueil de quatorze nouvelles dont le thème est la mort mystérieuse d’Albert Ayler, saxophoniste de jazz retrouvé noyé dans l’East River le 25 novembre 1970
14 auteurs parmi lesquels Patrick BARD, Jérôme CHARYN, Jean-Claude IZZO, Thierry JONQUET, Jean-Bernard POUY, Michel LE BRIS, et Hervé PRUDON.
Albert Ayler est Issu d’une banlieue de la classe moyenne supérieure afro-américaine, il s’adonnait à la musique. En 1960, son service militaire l’amène en France, à Orléans (où, dans la fanfare du régiment, le Racially Integrated 76th Army Band, il abandonne le saxophone alto pour le saxophone ténor). Il ne lâchera plus la musique. Il rejoint plusieurs orchestres, groupes. C’est dans ces mêmes formations qu’il développe son style qu’on lui reproche d’être trop différent, esthétiquement absurde.
En 1966, une longue tournée le conduit de nouveau en Europe. Il se produit le 13 novembre à la salle Pleyel, au Paris Jazz Festival. il laisse une discographie importante - plus d’une trentaine d’albums. Un artiste qui tournera dans le monde entier, souvent avec John Coltrane. Il se suicide. C’est ce que dira la version officielle.
Avant cette nouvelle - Prudon parlera de Ayler - dans les Yeux doux (1982) “Le musicien de free-jazz avait repris ses activités saxophoniques. A son solo se mêlaient les gammes d’une apprentie Rubinstein. C’était du Chopin triste et de l’Albert Ayler désespéré.”
Un passage - qui laisse supposer que Prudon l’a vu, voir lui a peut-être parler (à vérifier).
Prudon fait parti des auteurs qui lui rendront hommage dans ce recueil.
Dans sa nouvelle Nobody knows, Albert Ayler ressasse ses souvenirs Dans une chambre d’hôtel miteuse. défile sa vie, les moments, ceux de l’enfance, des fulgurances sur scène. Puis l’amour puissant. Bibi, une jeune femme qu’il a connu à Copenhague. Très jeune Bibi qui ressemble à Brigitte Bardot. Une tournée en Suède qui l’aura marqué. Une nouvelle désenchantée, le spleen.
Prudon ne laisse pas beaucoup d’ambiguïté. Il parle de Bardot comme d’une muse, d’une maîtresse, une relation puissante, obnubilant. Une femme qu’Ayler a retrouvée à Juan-les-Pins. A qui il a fait mal. La culpabilité le ronge.
Comme une maladie.
Suit la musique, le poids des sons qui ne résonne plus comme avant. La solitude des tournées - celle d’un instrument comme un corps. Celui d’une femme, la métaphore d’un saxophone comme un œsophage (une souffrance, sa souffrance, celle de Prudon autant que celle du saxophoniste).
Ayler déambule sur les quais, boit dans les bars, côtoie un ivrogne. Il est attiré par l’eau.
“Il a fait couler du béton dans mon œsophage en métal. J’ai bouché les tuyaux. Je jette le sax dans le fleuve. A peine plouf et un rond noir Ondes tends la musique, la mienne, comme les amputés sentent encore des douleurs dans leur membre absent. Toujours, il y eut cette absence absolue que jamais la musique n’a su abolir. Peut-être une musique si libre engendre-t-elle le silence comme du mélange parfait des couleurs naît le blanc. Je ne suis pas le plus noir des hommes. (...) Je n’entends pas Bibi ni Lorelei, juste des bruits mécaniques. La rythmique d’un moteur. Une sirène. Des hurlements de sirène. Un chien. On jette le chien dans le fleuve, ou bien le chien s’est jeté seul, volontaire. Bruit mou. Silence.”


On ne touche pas au chien 😜