Langue Chienne
Martin, dit Tintin, est le fruit de la classe moyenne, végète dans un pavillon de Marquebuse, une ville dortoir du Pas-de-Calais, en bord de mer.
Tintin est un gentil, un invisible, « Ducon », « Bourvil », on lui marche dessus. C’est L’incarnation de l’humiliation. Tintin, il dort avec le chien. Trop sensible, il aime la poésie, la lecture… il voudrait écrire.
Il fout amoureux de Gina, coiffeuse au chômage, une cruche, collée du soir au matin devant la télé. Qui ponctue ces réflexion par des « dans mon cul ».
Gina est dingue de Franck, un ex champion de char à voile. Brutal, viril, passe ses journées à descendre des bières. Il s’incruste chez eux (alors que lui aussi est marié). Mais pas de problème, les deux baisent chez Tintin. Sans se cacher. C’est comme ça : Tintin ferme sa gueule.
Parce que Tintin aime Gina : il lui promet même un jour de lui ramener un requin.
Il y a surtout le traumatisme d’un bébé mort-né (une symbolique qu’on retrouve dans plusieurs récits de Prudon).
Il paraît que Prudon s’est inspiré de l’émission Strip-tease, sur les gens du Nord et surtout, il s’ets appuyé d’un fait divers : le 21 janvier 2000, un homme, Joël Deprez, est brûlé vif par sa femme, l’amant de celle-ci, l’ex-femme de l’amant et l’amant de l’ex-femme.
La Langue Chienne c’est l’histoire d’une odeur de drame inéluctable. Mélancolique et noir, jouant avec les fragments du temps. Les souvenirs, les émotions. C’est surtout le roman du « père », avec en filigrane cette banlieue pavillonnaire où se terrent les classes moyennes. Avec ses parents, une mère moyenne, un père moyen, “le général en chef de la classe moyenne”...
Le roman est une mine de références poétique. En toute fin, il propose un glossaire. Prudon y cite les poètes, Artaud, Aragon... Plus qu’un hommage : Un langage.
Le roman est dédié à Charlie, son chien. Un yorkshire.
Prudon signera là son dernier roman noir. Presque un roman global.

