Graphoman ?
Plusieurs personnes, disent de Prudon qu'il était graphoman.. j'ai cherché la définition : Personne qui a la manie d'écrire.
La manie... Étonnant. Veut-on dire, qui ne peut s'empêcher d'écrire ? Qui ne fait qu'écrire ou tout simplement qui a une facilité pour écrire... Certainement un besoin viscéral, une nécessité.
Prudon, graphoman ? Tout dépend les périodes. Un plaisir certainement, par moment son labeur.
Ecrire, c'est devenu son métier. Pour manger : Journaliste, écrivain, rédacteur...
Écrire, qui se confronte avec sa réalité marchande : produire.
C'est là l'injustice de ce verbe : écrire. D'une manie, comme un plaisir, en vivre devient un labeur....
Pisse copie, Prudon a souvent prêté sa plume à d'autres, travaillant dans l'ombre en tant que nègre littéraire, comme pour Patrick Sabatier, entre autres..
Prudon, les dettes. Un métier aux revenus réduire, obligé de courir après le fric. Il a fait le choix de l'écriture, et toute sa vie il a travaillé.
Le plus souvent pour la prime :
"Hervé, dans sa traque de l'à-valoir éditorial, était capable d'écrire de très bons romans, et aussi de très mauvais, bâclés à toute berzingue. Juste pour s'embourber un peu de pognon - histoire de faire face à ses factures... " (Thierry Marignac, Extrait de Photos Passées, éditions La manufacture de Livre).
Ecrire coûte que coûte. Écrire.
“Qui veut la peau du colonel ?", ce récit d'un colonel de gendarmerie Jean-Michel Méchain. (éditions des la table ronde)
Un boulot. Mais contrairement à "mon Tour de Vérité", là le nom d'Hervé Prudon apparaît en couverture.
"Méchain, après une carrière de Chamonix à Pristina en passant par Beyrouth, voit sa vie basculer lorsqu'il est passé à tabac en pleine rue et écroué à la prison de la Santé. Malgré un non-lieu prononcé en juin 2007, il ne parviendra jamais à obtenir sa réhabilitation, ni de la justice ni de sa hiérarchie. Longtemps réduit au silence par l'obligation de réserve, Méchain est désormais libre de s'exprimer."
Un travail alimentaire, assumé, comme bien d'autres...
2011, à cette époque, les éditions de la Table Ronde rééditent quelques-uns des livres de Prudon. (sous la direction de Jérôme Leroy, dans la très belle collection du Petit vermillon)
Rendre Prudon visible, à la lumière, utile - au sens d'actif- (un jeu de mots en lien avec son livre, "les inutiles").
Ces rééditions ne changeront rien
Prudon crève la misère ses livres ne sont pas traduit, il ne vend pas, n'est pas "bancable"...
2011, Prudon ne travaille plus pour la presse, Prudon est malade.
Peut être écrit-il un roman ? ...
Alors, il signe un contrat, avec son nom à la collaboration, on ne lui fait pas l'affront de coincer dans l'ombre. Un accord avec Méchain ? Du merchandising ?
Mais ce qui surprend à chaque fois, c'est ce coté caméléon, cette capacité à prendre la place de, travailler le mot tel que son sujet le porte.
Là un récit assez factuel, épique par moment, une narration à la première personne. Prudon se glisse dans le sujet.
"Je" est un autre.
Prudon prête plume protéiforme, graphomane (puisque c'est comme cela qu'il faut dire..) vient créer une tonalité, comme s'il adoptait une démarche. Un comédien. Il donne corps au texte.
Usurpateur, falsificateur littéraire. - Comme il l'écrivait dans "Plume de Nègre" :
« Le nègre est un personnage, romanesque, et si l'écrivain écrit dans l'ombre avant de paraître sous les spots à la sortie du livre, le nègre écrit derrière les spots et n'en bouge plus. Il a tout vu, sait tout, occulte et puissant, éminence grise ricanante, blasé comme un Philip Marlowe. »
Ce livre, "Qui veut la peau du Colonel ?" bien que n'étant pas entièrement de lui, sera la dernière publication portant le nom de Prudon de son vivant. (un nom en troisième ligne, en tout petit).
Graphoman.
Je n'aime pas le terme. Il n'y a pas de la manie ; il y a de la passion, une facilité, un besoin, du talent, un métier. Tout cela à la fois.
Il faudrait inventer un mot pour Prudon.
