Dead line
Dead Line est l'un des trois textes illustrés par Muzo.
Une collaboration complémentaire parfaite, entre un récit mélancolique, sa poésie particulière, son trait acerbe, ses émotions précises et le noir et blanc sec, (sans nuances de gris) du dessinateur, linographe.
Un clair obscur pour un récit court (53 pages), une novela à chute parue en 2000.
Dead Line est le récit d'un schizophrène, qui sort une journée de l'asile pour l'enterrement de son frangin. Évidement le garçon n'est pas en forme.
« L'ordre de l'univers est une construction prodigieuse. Or récemment, écoutez-moi, il s'est produit une faille qui présente un lien des plus étroits avec mes destinées personnelles ».
Divagation, errance, le deuil vient retourner les souvenirs, les rencontres, comme celle de l'auteur (narrateur) et de son éditeur (Petite allusion à Patrick Raynal et la Série Noire... et la mort du polar :
« Le roman noir n’existait plus, il n'était qu'une effluve tapie, retenue, un remugle dans les égouts de la ville ou planqué sous les bâches en plastique qui recouvrent le lisier des campagnes.»
De la maladie à l'alcool, de l'asile à la folie... Comme celle du Président Schreber (Allusion à Venise Attendra et au travail réalisé à ce moment par Sylvie Péju) Dead line pourrait être un des délire justement de ce dernier (Schreber était était président à la cour d'appel de Dresde et psychotique.
Hanté par la fin du monde, il se disait aussi persécuté par Dieu et prétendait avoir mission de se transformer en femme pour engendrer de nouveaux humains....)
Outre un texte crépusculaire et lumineux (clair et obscur), Dead Line un très bel objet. Liber Niger (le livre noir en latin), est une maison d'édition, centrée autour du noir illustré, à Toulouse. Fondée par quatre passionnés : Lyne Strouc, Jean Pons, Michel Mathe et Guy Claverie.
Une prise de risque de ces éditeurs indépendants qui redessinent l'espace de la narration. Des explorateurs / prescripteurs du texte, d'une édition laboratoire. Comme à l'époque de Gang (début des années 80).
Comme tous les textes de Prudon : Dead Line n'échappe pas à sa dédicace de début : « La divagation des chiens est interdite dans le jardin »

