Comme des Malades
Il ne reste pas beaucoup de traces, mais "Comme des malades" marque un tournant dans la vie de Prudon.
Quelques extraits, deux trois articles de journaux (le monde, les inrocks…) qui relatent des sensations, décrivent la mise en scène « work in progress ».
Mêlés aux spectateurs qui attendent debout dans le hall, des hommes en pyjama, un type traverse la foule, une fille traîne la savate en fumant un vieux clope, et des silhouettes blouses blanches détournent des propos de comptoir sur le cancer. Un décor se dessine, les draps plus de toute première fraîcheur, les lits un peu rouillés et grinçants, une dominante plutôt sombre que formica blanc. L'hôpital évidemment.
Des scénettes. Tous racontent des histoires drôles et des petits poèmes loufoques. Le tout est vif, incisif, signé Hervé Prudon.
Ne serait-il plus question de rigoler ? Si. Puisque, de toute façon, tout est joué, autant en jouer.
1998, Jacques Bonnaffé acteur, comédien, metteur en scène propose à Prudon de travailler sur une forme d'expérience scénique : adapter les notes prises dans les carnets de l'écrivain. (L'auteur sort de Cochin, "guérit" d'un cancer). Prudon lui-même en sera.
Jacques Bonnafé en parle lui-même très bien sur son site.
Travaillant le texte, avec les comédiens, ils se lancent dans une forme de résidence : "hospithéâtralisation" . Acteurs, musiciens et un auteur... Dix jours, dix nuits, de travail, de création - des draps propres à l'arrivée, les clés du théâtre, acteurs, musiciens, un auteur...
"On viendrait s'assigner à création". Les spectateurs auraient chaque soir un "droit de visite" du travail en cours.
Une immersion non pas dans l'Hôpital, mais au sein même de ce que ressent le malade, des interactions, de la douleur, des émotions. Prendre à témoin le spectateur, par des échanges, récits de brancardiers, malades, médecins… Prudon l'observateur y livre des instantanés.
La musique mais surtout la poésie des textes.
Attente. Auscultation. Examens. Visites. Verdicts. Bruits, chuchotements. Envie du dehors. Impossibilité du dehors. Plateaux-repas. Télévision. Journaux (à la « une » de France-Dimanche : Gilbert Bécaud, son combat douloureux contre le cancer). Urgences. Pin-pon, pin-pon. Blouses. Pyjamas. Petite radio.
« L'hôpital..., l'occipital..., la peine capitale..., il y a toujours un point final », mises en scène immersives la fragilité humaine"
Le malaise vient de ce que l’on rit souvent, on s’identifie au patient, inquiets devant les « inspirez-soufflez » infligés sans douceur, ou, désabusés, formulant l’invite à fumer un clope et à boire un café à la machine des urgences, « Il est pas mauvais. »
Il y aura peu de représentations. Il ne reste plus grand chose de ce travail expérimental.
Si ! Des passages fabuleux à relire dans Cochin (Flammarion) et dans Venise Attendra (Grasset). Car "Comme des malades" restera pour H. Prudon et S. Péju bien plus qu'une pièce de théâtre mais surtout le moment de leur rencontre. Celui d'un auteur niché derrière son rideau qui entonne son texte en voix off.
"Tout le monde joue au docteur ou au malade, avec la mort, avec la vie : « Je l’ai brûlée par les deux bouts."
Parmi l'ensemble des passages que Jacques Bonnaffé aura eu la gentillesse de m'envoyer, il y ceux des monologues dans le hall, des passages de cette voix off de Prudon.
Des échanges avec les brancardiers, des traits d'humour dans les poèmes - dont cette phrase :
"Quand on a un mal de chien dont on sait la nature dangereuse, on devient un animal dangereux." Puis il y aura aussi ce dessin.

